William Flageollet n'a pas uniquement commencé sa carrière aux studios Barclay, temple de la variété, ce personnage attachant est à l'origine, avec Philippe Sarde, de l'élaboration de procédés novateurs. C'est au studio Davout, autre lieu mythique, qu'ils se sont croisés, alors que Philippe composait la musique du film de Claude Sautet «Les Choses de la vie». De cette rencontre naîtra une association artistique et prolifique (plus de deux cents films à leur actif). Au milieu des années soixante dix, tandis qu'ils enregistrent des orchestres en Angleterre, leur vient l'idée de mixer, dans l'appartement parisien de Philippe, en stéréo dolby. Puis de monter un studio. De créer un mini auditorium : pour conserver la qualité de la bande son originale. Une nouvelle conception du mixage audiovisuel allait s'imposer. Durant près de quinze ans, William, à la croisée de ces deux mondes, collabore avec une pléiade d'artistes. Au début des années 80, il mixe des long-métrages. William Flageollet évoque volontiers le cinéaste et la place prépondérante de «l'œuvre elle-même» dans son travail : Quand il y a une volonté d'écriture sonore chez le metteur en scène, ces sons rapportés et choisis, qui ne correspondent pas toujours à ce qu'on voit, peuvent orienter la lecture dans une certaine direction. Au mixage final on pourra donner plus de consistance, plus d'épaisseur, à la narration cinématographique. On a quitté le domaine du réalisme primitif pour aller dans le domaine du signifiant sonore, ce qui est, finalement, le but de la manœuvre Pour bien faire notre travail, on a besoin d'avoir l'humilité de comprendre, de deviner ce que le réalisateur veut faire et de ne pas placer notre égo, nos propres questionnements, ni d'imposer la réalité acoustique qui nous plairait. Mais j'ai remarqué une chose curieuse, c'est finalement dans l'œuvre elle-même, indépendamment de son créateur, qu'on trouve la vérité. Une vision qui lui a valu, notamment, quatre nominations et deux césars pour le meilleur son (en 1995 et en 2000) ainsi qu'un diapason d'or. D'un tel esprit aussi ouvert que foisonnant, il est permis de tout attendre.